par Oscar de Jarjayes
il m'arrive assez régulièrement d'être interviewé (notamment dans Le Monde de l'Education), au sujet de la pratique de la relaxation, du yoga et des techniques d'apaisement en milieu scolaire, thème qui m'est cher depuis de longues années.
Dernièrement, une sympathique étudiante en master de science de l'éducation à souhaiter me questionner à ce sujet en vue de rédiger son mémoire professionnel, et, la remerciant de rendre public cet entretien, je vous invite à découvrir la teneur de nos échanges.
*Pratiquez-vous la relaxation de manière personnelle?
-Si oui, à quelle occasion avez-vous décidé de commencer la relaxation?
Oui, je pratique la relaxation à titre personnel depuis mes 17 ans (le parcours fut yoga, sophrologie, méditation, réflexologie plantaire).
Le facteur déclenchant a été la lecture d'un livre sur l'hypnose et ma liaison avec des compositeurs de musique "New Age".
*Parlez-moi de votre expérience personnelle.
Il s'agit de me retrouver deux fois par semaine au moins dans le silence primordial d'une salle calme, à reprendre contact avec moi-même, mon souffle, mes tensions, mes postures...
Pendant trois quarts d'heure, il n'y a plus de projet, de concept ou de besoin: juste l'écoute objective de l'instant présent (technique dite de Vipassana).
Quelques auto-suggestions, un peu de rééducation respiratoire et un massage des pieds et des yeux vient conclure un beau moment de ressourcement.
Ce que je pratique sur moi-même, je l’enseigne à d’autres (adultes, ados, enfants) lors des animations de groupes ou individuelles.
A la demande de mes partenaires de silence, j’ai écrit un ouvrage ou tout cela est résumé.
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* Que pensez-vous de l’adaptation pour les enfants de pratiques de relaxation pour les adultes ?
Les enfants n’ont pas la même distanciation que nous vis-à-vis du moment présent: ils en sont mieux conscient et le vivent plus intensément.
Ce dont-ils ont besoin, c’est de canaliser leur formidable énergie vitale et cela passe notamment par le contrôle des mouvements, du souffle et par le toucher car ils sont très kinesthésiques.
* Avez-vous recours à certaines techniques ou activités de relaxation avec votre classe, pendant le temps scolaire ?
Bien sûr, j’initie toujours en début d’année mes élèves à des méthodes de respiration profonde et de retour au calme intérieur.
Souvent réticents, amusés ou réfractaire au début, il acquièrent très rapidement les rudiments nécessaires à se contrôler.
Ils sont toujours étonnés de retrouver sous leurs pieds le miroir de leur corps, et dans leur respiration l’apaisement.
L’image de l’école se modifie, car elle n’est plus seulement un milieu normatif et contraint!
Par la suite, ils savent très bien réinvestir ces connaissances dans des travaux de classe plus stressants ou anti-physiologiques, car il faut se rendre compte à quel point il peut être pénible pour des enfants de 6 à 10 ans de rester assis, quasi-immobiles et courbés, à fixer du regard des lignes de cahiers pendant plusieurs heures!…
* Comment adaptez-vous ces séances ? (à quel moment, avec quels moyens matériels, dans quel(s) lieu(x) par exemple…)
L’idéal ,je pense, est de formaliser quelques moments en début d’année en début et en fin de séances d’EPS.
Certains exercices de non-faire peuvent se pratiquer debout ou assis (écoute de l’environnement, des pulsations cardiaques, marche lente…), d’autres nécessitent de s’allonger sur des tapis, mais les moyens matériels sont très peu exigeants: un lieu où s’allonger sans être dérangés, un pantalon de survêtement…
Le tout se pratique pieds-nus, donc prévoir un sol agréable à fouler…
Les enfants initiés utilisent ensuite spontanément la relaxation pour se défaire de leurs tensions, sans plus avoir besoin de les y inviter.
* Le thème de mon mémoire porte essentiellement sur les effets de la relaxation sur les apprentissages scolaires en cycle 2.
À votre avis, quels sont les principaux effets qui pourraient être mis en avant et en quoi pourraient-ils exercer un impact positif sur les apprentissages, notamment à ce moment précis de la scolarité ?
Commençons par rappeler que l’apprentissage et la stabilisation des acquis sous-entend une métacognition, c’est-à-dire une conscience claire des moyens nécessaires à mettre en jeu pour parvenir à un résultat valide et mesurable.
La relaxation, et toute méthode propre à rendre l’enfant (ou l’adulte) conscient des compétences et connaissances à mobiliser, ainsi que de l’objectif à atteindre sont des pivots essentiels des apprentissages.
La relaxation amène une clairvoyance plus fine, un plus grande perméabilité aux extéroceptions utiles aux apprentissages.
Elle développe la capacité d’écoute et permet de donner les temps aux acquis de se stabiliser et de sédimenter.
Enfin, et ce n’est pas le moindre avantage, elle amène à un plus grand respect de soi et de l’autre, ce qui rétablit l’harmonie dans les classes où les troubles du comportement sont une des causes de souffrance.
* « La relaxation: nouvel allié des enseignants ? »
Que pensez-vous de cette interrogation? Quel en est votre ressenti?
Mon avis est que tout ce qui peut permettre à l’enfant d’apprendre dans de meilleures conditions est l’allié de l’enseignant.
On parle toujours de compétences, un peu moins de savoir-faire et presque jamais des savoir-être…
Ceux-ci font pourtant partie intégrante du programme officiel, et on ne peut envisager de bien « Vivre ensemble » que si l’on débute par bien « Vivre avec soi-même »!

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