par Oscar de Jarjayes
« -J’appelle la Voyante! Voyante, de qui veux-tu voir la carte?… »
« - J’appelle les loups! Loups réveillez-vous! Qui allez-vous déguster ce soir?…Et prenez garde à la petite fille qui vous observe dans la nuit de sa chambre! »
Pour toutes celles et tous ceux qui ont connu ces appels du maître du jeu, sinon les appels de la pleine lune et du sang, voici une rencontre avec les loups-garous!
Qu’ils soient de Thiercellieux ou d’ailleurs que sont ces monstres mi-hommes mi-bêtes qui hantent notre enfance?
Le loup garou n’est-il pas, en fin de compte, l’image de la bestialité qui réside entre chaque être humain?
Et face à nos miroirs nous posons-nous suffisamment la question essentielle:
Les origines du mythe du loup-garou (la possibilité pour un être humain de se transformer en loup) n’ont jamais été clairement démontrées : elles sont pourtant de toute évidence fort anciennes et communes à de nombreux peuples.
Le loup-garou relève de la tradition fantastique. Il s’agit d’un homme qui, grâce à des pouvoirs particuliers, se transforme en loup et qui assume donc tous les caractères que l’on attribue à cet animal : puissance musculaire, agilité, ruse et férocité. Cette forme peut être temporaire ou définitive.
La tradition veut qu’ils conservent, après leur métamorphose, deux de leurs caractéristiques : leurs voix et leurs yeux. Par ailleurs, certains indices trahissent le loup-garou qui a repris son apparence humaine : ses sourcils se rejoignent au-dessus de son nez, ses ongles présentent une teinture rougeâtre, le majeur est particulièrement long et ses oreilles sont implantées assez bas et en arrière sur la tête. Restent les mains et les pieds velus à signaler.
LES LEGENDES
Au Vème siècle avant notre ère, Hérodote relate que les Grecs qui s’établirent sur les bords de la mer Noire considéraient les habitants de ces contrées comme des magiciens forts habiles, capables de se métamorphoser à volonté. L’historien grec parle d’une race d’hommes ayant le pouvoir de se transformer en loups et de reprendre, lorsqu’ils le désirent, leur apparence humaine.
Les Anciens disaient que cette métamorphose permettait d’acquérir la force et la ruse d’une bête sauvage, mais que le loup-garou conservait voix et regard humains.
Les Romains, eux aussi, attribuaient ces métamorphoses à la magie.
Grecs et Romains considéraient le fait d’être transformé en loup comme un châtiment divin, et qu’il frappait toujours les mortels qui avaient sacrifié des victimes humaines.
A part la fameuse légende de Romulus et Remus, on peut citer celle d’Apollon, le Dieu grec de la lumière, de la médecine et de la musique qui naquit de l’union de Zeus et de Latona – une femme qui se protégeait de la colère de Era (la sœur et femme officielle de Zeus) en se transformant en loup.
Sans oublier la légende de Licao, le premier loup-garou reconnu : cet homme était le roi d’Arcadia qui organisa un jour un banquet. Parmi ces invités se cachait Zeus. Il décida alors de le démasquer en tuant son fils le plus jeune (Arcade) et de préparer un repas avec sa chair car seul un Dieu est capable de reconnaître le goût de la chair humaine. Licao pouvait alors, selon son plan, reconnaître Zeus. Tous mangèrent le pauvre Arcade sauf, bien évidemment, Zeus, qui, furieux de ce meurtre injustifié, transforma le roi en loup.
En ce qui concerne le contexte historique, il faut savoir que les Grecs entretenaient une peur respectueuse envers les loups, puisque la population était très effrayée et surtout concentrée sur les côtes. Par conséquent, les loups pouvaient vivre en paix, sans la crainte d’une hypothétique agression humaine.
Chez les Romains, le loup était tout aussi respecté et presque considéré comme un membre de la famille. Plus tard, quand les Chrétiens dominèrent la région, le loup devint très rapidement l’allié de Satan. Cette dynamique s’explique par la substitution de divinités ancestrales par les Saints.
Selon Pline le Jeune, la métamorphose s’opérait alors que le coupable traversait à la nage les eaux d’un lac : en arrivant sur la rive opposée, il était devenu un loup. Dès lors, il était condamné à errer dans la campagne, avec d’autres loups-garous, pour une période de neuf ans. Si, pendant tout ce temps, il s’était abstenu de manger de la chair humaine, il lui était permis de retrouver sa forme humaine, marquée toutefois par les ravages du temps.
Le processus de la métamorphose varie notablement : parfois, la transformation est soudaine. Quelquefois, il suffit à celui qui veut changer de forme de revêtir la dépouille d’un animal pour prendre son aspect.
A partir du XVème siècle, les légendes font état de philtres magiques qui permettent aux monstres de retrouver leur figure humaine (en Scandinavie, en Russie occidentale et en Europe centrale, en particulier).
Les enfants-loups
La notion d’enfant-loup, c’est-à-dire un enfant élevé par des loups, est une croyance répandue. Rousseau rapporta l’existence d’un enfant-loup en 1344. Il est probable que la majorité des cas d’enfants-loup décrits par différents témoins soient plutôt des enfants qui souffraient d’autisme ou de schizophrénie provenant de problèmes congénitaux ou/et psychologiques.
Le cas le plus célèbre d’enfants-loup est sans doute celui des deux filles indiennes Amala et Kamala. Le révérend Singh aurait aperçu les deux filles un samedi soir (le 9 octobre 1920) hors du village de Godamuri situé à 120 km au sud ouest de Calcutta. Il effraya trois loups adultes et trouva au fond d’une tanière deux louveteaux et deux filles pelotonnées, mortes de peur. Quelques semaines plus tard, la tanière fut excavée et un des trois loups fut tué. Les deux louveteaux et les deux fillettes furent vendus au marché de Godamuri. Les deux filles furent placées dans une cage où elles ne pouvaient pas se tenir debout. Le révérend Singh les retrouva 5 jours plus tard pataugeant dans leurs excréments, mortes de soif, de faim et visiblement abandonnées par l’acquéreur. Après un voyage de 7 jours dans un char à bœuf, les deux filles arrivèrent à l’orphelinat du révérend Singh. (Certains textes rapportent que le révérend aurait récupéré les deux fillettes à la tanière et ne font pas mention de l’épisode du marché). Amala mourut une année plus tard à l’âge d’environ deux ans et demi et Kamala vécut 9 ans. Elle mourut d’une urémie (accumulation dans le corps de produit azoté, généralement de l’urée due notamment à un dysfonctionnement des reins).
Amala et Kamala se comportèrent comme des autistes profonds, mordant et hurlant, mangeant de la viande crue, préférant la nuit, insensibles à la chaleur ou au froid, possédant une acuité auditive, un odorat performant et une vue faible. Elles avaient des problèmes de langage. La différence entre ces deux enfants et d’autres cas est qu’Amala n’a jamais marché debout et que Kamala n’y est parvenue que très tardivement. Ce comportement pourrait être assimilé à une régression infantile causée par le traumatisme qu’elles subirent les deux semaines après leur excavation.
Amala et Kamala pourraient être des enfants abandonnés par leurs parents qui auraient trouvé refuge dans la tanière d’une famille de loups. On a constaté que de tels enfants avaient une facilité relationnelle incroyable avec les animaux et notamment avec les chiens. Le fait que le révérend Singh les ait trouvées dans une tanière ne signifie par qu’elles vivaient à cet endroit. Les scientifiques sont partagés face à cette histoire incroyable.
Dans son ouvrage L’énigme des enfants-Loups, Serge Aroles, qui a ouvert les archives relatives à ce cas (registres du diocèse de Calcutta, archives de la Church Missionary Society, fonds des manuscrits de la Bibliothèque du Congrès, à Washington, etc.), déclare : « A la vérité, Kamala était une fillette déficiente mentale (affectée d’un syndrome de Rett) qu’un escroc, Singh, frappait à coups de bâton afin qu’elle marchât à quatre pattes devant ses visiteurs : " Attention ! C’est la fille élevée par des loups ! Elle est féroce ! »
LES PROCES DES LOUPS-GAROUS
A la fin du Moyen Age et pendant la Renaissance, les loups-garous étaient considérés à l’égal des sorciers et des magiciens. Quiconque était soupçonné de se transformer en loup était brûlé ou pendu (surtout en France et en Allemagne).
En un peu plus de cent ans, on a enregistré, en France, 30′000 procès de loups-garous.
Un exemple parmi tant d’autres : en 1573, dans la ville de Dole, le loup-garou Gilles Garnier est accusé d’avoir ravagé les campagnes avoisinantes et d’avoir dévoré de jeunes enfants. Après avoir confessé ses crimes, il périt sur le bûcher.
Quelques années plus tard, dans une autre localité, des paysans découvrirent le corps sanglant et horriblement mutilé d’un jeune garçon de quinze ans. Deux loups, qui s’acharnaient sur le cadavre, s’enfuirent dans les taillis quand les hommes s’approchèrent. En poursuivant les bêtes sauvages, ils tombèrent sur un homme à demi nu accroupi dans les buissons.
La créature avait un aspect bestial avec sa barbe, ses cheveux longs et ses ongles immenses auxquels étaient encore accrochés des lambeaux de chair sanguinolents. L’homme s’appelait Jacques Rollet. C’était un simple d’esprit un peu cannibale : il était en train de déchiqueter le corps du jeune garçon. Il est certain que Rollet se prenait pour un loup et que, sous l’emprise de cette folie, il avait tué et dévoré plusieurs personnes. Il fut condamné à mort.
LES CAS RÉCENTS
Notre siècle comporte encore quelques récits de cas de loups-garous dont voici des extraits :
En 1925, on accusa un jeune garçon d’être un loup garou dans un petit village alsacien proche de Strasbourg.
En 1930, un loup-garou terrorisa la banlieue parisienne, à Bourg-la-Reine.
En 1946, une bête mystérieuse présentant toutes les caractéristiques du loup-garou ravagea une réserve navajo, en Amérique du Nord.
En 1949, à Rome, la police dut mener une enquête concernant une apparition de loup-garou.
En 1957, à Singapour, une série d’agressions posa une énigme aux autorités anglaises : des loups-garous s’attaquaient aux pensionnaires d’un foyer d’infirmières. Ce mystère ne fut jamais éclairci.
En 1975, les journaux anglais rapportaient la tragique histoire d’un jeune homme de dix-sept ans qui se croyait sur le point de se muer en loup-garou. Pour mettre un terme à ses souffrances morales, il se plongea un couteau à cran d’arrêt dans le cœur.
NOTE : On ne peut pas assimiler les loups-garous aux lycanthropes. Ce terme dérive du grec lycos, c’est-à-dire « loup » et anthropos qui signifie « homme ». La lycanthropie désigne une maladie mentale où le sujet se croit, à tous égards, transformé en loup, mais ne subit aucune transformation physique.
QUELQUES REPÈRES HISTORIQUES
En 1020, première utilisation du mot « werewolf » (loup-garou) en anglais.
En 1101, décès du Prince Vseslav de Polock, soi-disant un loup-garou ukrainien.
En 1182 ou en 1183, Giraldus affirme avoir découvert un couple de loups-garous en Ireland.
En 1407, les loups-garous sont mentionnés durant un procès de sorcières à Bâle.
En 1573, Gilles Garnier est brûlé, accusé d’être un loup-garou.
En 1589, Peter Stubb, loup-garou, est exécuté à Cologne.
En 1764, la bête du Gévaudan terrorise l’Auvergne.
Entre 1796 et 1799, la psychose du loup touche la France.
En 1932, sortie du film « Dr. Jekyll & M. Hyde » avec Frédéric March
En 1935, sortie du film « The Werewolf of London »
En 1941, sortie du film « The Wolf Man » avec Lon Chaney Jr.
LES CROYANCES SUR LE LOUP
Provenant d’Italie, de France, de Grèce ou de Roumanie, voici quelques légendes concernant le loup :
- Ne supportant pas la clarté produite par de la lune, le loup hurle.
- Son crâne, posé à côté de la porte d’entrée d’un habitat, repousse les autres loups ainsi que les voleurs.
- Ses dents protègent des sortilèges.
- La Mafia (ceci a-t-il un rapport avec la re-thématisation du jeu éponyme?), à l’époque où les loups pullulaient, déposait, en signe d’avertissement, un loup mort devant la porte de la maison d’une personne à intimider.
- Un cheval mordu par un loup devient très rapide.
- En Italie du Sud, on dit qu’une fille née durant la nuit de Noël sera une sorcière tandis qu’un garçon deviendra soit un magicien soit un loup-garou. Naître le même jour que le Seigneur mérite bien une punition !
COMMENT DEVENIR UN LOUP-GAROU ?
- en recevant un sortilège
- en se recouvrant d’une peau de loup
- en se baignant dans certains lacs ou courants
- en mangeant de la chair humaine (en Grèce)
- en naissant en tant que 7ème fils d’une famille pauvre (au Portugal)
Même si le loup-garou adore la chair humaine et est un excellent chasseur, il craint la lumière et la croix (la croix est le symbole des rayons solaires dans certaines cultures ancestrales).
COMMENT S’EN DEFENDRE ?
- En jetant des clés derrière ses pas, on peut le stopper
- Lui jeter de l’eau dessus peut le faire redevenir humain(je décline toute responsabilité en cas d’échec)
- Un truc plus sûr est de l’asperger de trois gouttes de sang à des endroits spécifiques sur le corps
- Ou plus simplement, vous pouvez en venir à bout par (liste non exhaustive) : des armes à feu, des objets tranchants, des pièges, des poisons, etc…
Mais, attention, le loup-garou est spécialement robuste et malin. C’est pour cette raison que je ne recommande pas l’utilisation de pièges et de poisons…
Quand un loup-garou décède, il devient soit un lubin, soit un vampire.
ÉTAT DU LOUP EN EUROPE
En France, en Suisse et en Allemagne, le loup a quasi disparu. En Grèce, il est protégé et prospère plutôt bien. En Italie, bonne réintégration du loup, où viennent se réfugier d’autres représentants de l’espèce en provenance de Slovénie et de Croatie. En Espagne et en Turquie, sa présence est appréciable bien qu’il ne soit pas protégé.
CONCLUSION
Le loup, exerçant déjà une crainte mêlée de fascination sur l’homme, s’est insidieusement et tout naturellement logé dans les folklores des peuples sous la forme d’un loup-garou, un peu à l’image d’un archétype jungien. Il fait parti de ces êtres de légende qui nourriront encore longtemps notre imaginaire depuis notre tendre enfance (voir l’histoire du petit chaperon rouge). Quant à notre triste réalité, elle se cantonne à rechercher dans ces multiples légendes du loup-garou une source originelle fantastique – en évitant soigneusement les explications rationnelles allant de la lycanthropie au folklore en passant par l’hallucination – tout en souhaitant aux loups, avant qu’ils ne soient totalement en voie d’extinction, de se refaire une bonne réputation.
Source: Ovni.org
Les Loups-Garous au cinéma:
Sujet d’horreur et d’émerveillement, le loup-garou a inspiré nombre de réalisateurs. Nous ne retiendrons ici que les longs métrages dignes d’intérêt. Il en ira de même en ce qui concerne les jeux.
est un film atypique, qui met en scène un NewYork d’une ère indéterminée, peut-être post apocalyptique. La grande pomme, réinvestie par les Indiens d’Amérique, est en proie aux rites shamaniques les plus anciens et les plus indicibles, comme dirait Lovecraft.
Un très bon film qui a peu vieilli, basé sur un bon roman.
* Peur Bleue:
inspiré d’une nouvelle de Stephen King, ce film a le mérite d’avoir modernisé et décontextualisé le mythe du loup-garou, mais il ne reste aujourd’hui de ce film qu’un arrière-goût de nanar amusant.
est l’un des tout derniers primés de feu le Festival d’Avoriaz. Une film a la beauté froide, énigmatique, qui revisite sans pudeur les contes de notre enfance. Esthétiquement très réussi, les effets spéciaux dépassés ne gênent en rien à la qualité narrative de ce superbe long métrage qui évoque, loin du minimalisme de Bettelheim, l’adolescence, ses peurs, ses transgressions, sa sexualité.
Magnifique!
* Wolf:
est un peu décevant: on n’accroche que rarement à cette histoire de sensualité et de douleur entre les pourtant excellents Michelle Pfeiffer et Jack Nicholson.
Les loups-garous dans les jeux:
A tout seigneur toute horreur…euh pardon, tout honneur!
Avec son million de boîtes vendues, son succès interplanétaire, ses extensions (Pleine Lune, Le Village), ce jeu de P. des Pallières, largement inspiré du classique Mafia, a bénéficié d’une re-thématisation et d’un relookage parfaitement étudiés.
Un incontournable pour des soirées aux nombreux joueurs pas inhibés.
Idéal pour les colos, centres de vacances et joueurs légèrement éthylisés.
Je suis en cours de traduction des règles de ce jeu espagnol ‘cuvée Essen 2009’. Les joueurs y seront des étudiants en mal d’émotions ou des lycanthropes assoiffés de sang neuf, ce qui n’est pas sans rappeler le film’ Blair Witch Project’ (porté lui sur le thème des sorcières).
Le système mêle – habilement semble-t-il- exploration, coopération, combat, bien que la mécanique du combat semble quelque peu bancale et améliorable.
A mi chemin entre Shadow Hunters et Innsmouth Escape, un jeu d’ambiance qui promet!
* Lupus in tabula:
Ce jeu publié en Italien depuis 2001 vient d’être édité en Français chez Iello. Il s’agit d’une autre version améliorée de Mafia, moins typée et plus complète que le simple jeu de base des "Loups Garous". Je pense l’acquérir sous peu.







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