par Oscar de Jarjayes
Depuis mon arrivée dans l’Education Nationale- c’était il y a seize ans-, je ne cesse de militer pour une approche plus douce de la scolarité des jeunes enfants.
Sans pour autant sacrifier les apprentissages sur l’autel de la zenitude, je reste persuadé, après toutes ces années, qu’un enseignement de petites techniques corporelles d’écoute de soi peut aider à régler de nombreux problèmes, tant au niveau individuel, qu’au niveau du microcosme-classe.
La relaxation et le yoga à l’école, pourquoi pas ?
Lorsque je fus admis en tant que stagiaire de l’éducation nationale, à l’instar de nombreux collègues, j’ai hérité de postes dans les quartiers difficiles des zones périurbaines. Les enfants y étaient réputés compliqués, les apprentissages inaccessibles. Pourtant, je fis le choix d’adapter un emploi du temps au degré et à la durée de la concentration de mes élèves. Ceux-ci, âgés de 9 et 10 ans montraient trop souvent un irrespect d’eux-mêmes qui se traduisait par une souffrance vis-à-vis de l’acquisition des connaissances, du ressenti d’un échec, et donc d’une extériorisation de cette souffrance sous la forme d’une violence envers leurs camarades, et d’un refus de l’Institution.
Ce constat, doublé de ma longue expérience personnelle du yoga, de la méditation, de la conscience respiratoire, m’a amené dans un premier temps à rédiger un mémoire professionnel intitulé : « La relaxation à l’école, une alternative à la violence. »
Je possède toujours ce mémoire, sous forme d’un polycopié dactylographié, et je trouve que ce dont il traite reste encore d’actualité !
Mes changements de poste, les diverses mutations auxquelles j’ai eu droit, m’ont ensuite amené vers des horizons professionnels complètement différents, vers des milieux sociaux parfois encore plus dégradés, et parfois vers des enfants qui bénéficiaient d’un confort social et affectif parfait. Dans ce cas là aussi, la relaxation et le yoga ont montré d’énormes avantages, centrés cette fois-ci sur l’acquisition et la stabilisation des apprentissages.
C’est dans cet espace temps que j’ai publié mon premier livre : « Méthode de relaxation consciente » (Édition les deux encres).
Les avantages de la relaxation à l’école.
La relaxation et le yoga intégrés, tel que je le conçois, dans un emploi du temps d’école ne demandent que peu d’efforts. Associé à un petit entraînement systématique en début et en fin de séance d’éducation physique, quelques rappels sont parfois nécessaires au sein même d’une séquence de mathématiques, de français ou d’histoire. Je ne consacre en vérité que très rarement des séances de sport entières à l’éducation de la respiration et à la conscience corporelle.
Le principe, partant du fait qu’une sédimentation intellectuelle des connaissances est nécessaire pour stabiliser les acquis, reste que l’enfant ne peut bénéficier de ce qu’il a appris de la spirale didactique que lui propose le maître que s’il parvient à conscientiser ce que l’on attend de lui, les moyens pour parvenir au but, et de se les représenter, de les mentaliser afin de pouvoir les restituer.
Or, apprendre à un enfant à retrouver le silence intérieur, par la voie de l’écoute de sa respiration abdominale ou par la stabilisation de ses postures corporelles, lui permet d’accéder à un espace intime dans lequel il va construire des comportements cognitifs transversaux qui pourront l’aider aussi bien à retrouver son calme et du recul face à des difficultés, qu’à développer le réflexe d’une mise en silence afin de solliciter les savoirs et savoir-faire nécessaires à la résolution d’une situation problème.
Il faut évidemment s’attendre, du moins dans les premiers temps, à une découverte mouvementée de cette activité. Les enfants s’étonnent, s’en amusent, refusent parfois d’entrer dans le jeu de la corporalité, car ils pensent que cette activité -à l’instar des autres émanant de l’école- va être évaluée, observée, sanctionnée. Il faut du temps pour faire comprendre aux élèves que le moment relaxation en classe n’est qu’une pause que chacun peut vivre à sa manière et dans son intimité.
Il est très important de détacher toute idée d’évaluation lorsqu’on évoque la relaxation ou le yoga en classe.
Une autre difficulté d’approche et que dans nos sociétés occidentales l’art de respirer ou de se maintenir dans une posture équilibrée ne connaît pas réellement de reconnaissance sociale.
Or l’enfant reste très sensible à ce qu’il lui paraît être utile, voire nécessaire, pour conquérir l’univers des apprentissages, pour conquérir le monde qu’il découvre. L’utilité de la relaxation lui sera dévoilée au fur et à mesure de sa pratique, lorsqu’il se sentira devenu capable de gérer ses émotions, de solliciter ses compétences et ses capacités à bon escient, lorsqu’il se sentira tout simplement mieux dans sa tête dans son corps.
À ce moment-là, des réflexes spontanés vont se créer individuellement et aussi dans le groupe classe qui demandera parfois de façon communautaire à se retrouver dans un moment de silence et de lâcher prise.
Dans cette époque bouleversée que nous connaissons actuellement, il me semble particulièrement important de prendre conscience que le respect des autres commence avant tout par le respect de soi-même, et il ne peut y avoir de respect que s’il y a connaissance.
La relaxation et le yoga à l’école sont une invitation pour l’enfant à développer une conscience corporelle fine, en vue d’établir une relation saine entre le psyché est le soma, de façon à ce que chacun se connaisse mieux pour mieux connaître l’autre.
Il est évident que le maître ou la maîtresse de la classe participe à l’activité, et donc qu’elle soit formée. La progression qui me semble la plus adaptée est celle qui propose dans un premier temps de l’expression corporelle basée sur un rythme respiratoire conscient, pour évoluer ensuite vers un yoga plus statique et plus proprioceptif, la relaxation n’arrivant qu’à la fin du processus didactique, car elle propose une exploration intime des perceptioceptives et de nos réactions souvent subconscientes aux stimuli extérieurs.
Il s’agit d’une activité peu exigeante en moyens: des habits légers, des tapis où l’on évolue pieds-nus, et un espace de silence qui ne saurait être perturbé.
À l’heure où tout nous pousse à aller plus vite, plus loin, à devenir plus performants, il est bon de reconsidérer notre corps et notre esprit non comme des objets qui nous sont alloués, mais comme des véhicules de la pensée, des émotions et de la cognition, en d’autres mots il est urgent de se hâter avec lenteur !
Ce sujet me tenant particulièrement à cœur, je vous invite à visiter le site École et Relaxation (www.ecole-et-relaxation.com), auquel je participe sporadiquement, et je vous invite par ailleurs à réagir à mes propos ici même.
Oscar

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire