par Oscar de Jarjayes

Au détour d’un chemin forestier, sous les voûtes arborescentes des frênaies séculaires, parfois le parfum suave et viril d’un cuir caprin se révèle à nos sens.
C’est que Cernunnos, le Dieu Celte aux bois de cerf se tapit parmi les ombrages, épiant les faits et gestes de mortels qui osent fouler du pied son territoire moussu.
Le Dieu viril aime autant la compagnie des jeunes vierges que celle des animaux dont il est le maître et l’amant.
Son membre viril toujours en érection, il est l’instillateur de la Vie, le reproducteur des saisons, l’homme primitif, l’homme-animal, puissant et fertile.
Sa semence ne connaît ni espèce ni genre, il féconde la Terre entière et quand ses sabots impriment le sol boueux, ses bois s’érigent vers le ciel.
Visuellement semblable à un Satyre Grec, Cernunnos est pourtant à rapprocher du Mercure ou Jupiter générique des Gaulois.
Son nom signifierait le « Cornu ».
Ni mythe, ni légende, rien n’a été conservé à propos de ce personnage : nous en sommes donc réduits à des conjectures à partir de son iconographie pour comprendre sa place dans le panthéon gallo-romain.
| Sur le pilier des Nautes |
Ethymologie et iconographie:
Son nom est attesté par quatre inscriptions : la plus célèbre est celle du pilier des Nautes de Paris.
Une autre, souvent considérée comme fausse, vient de Polenza en Italie.
Une troisième, une tablette de cire découverte en Roumanie, atteste de son assimilation à Jupiter et qu’un collège funéraire lui ait été consacré.
Enfin la plus ancienne soit donc la quatrième, est en langue gauloise et donne la forme « Karnonos ».
L’iconographie, elle, comporte un dossier d’une soixantaine de représentations.
Parfois des torques sont accrochés à ses bois ; il est assis en tailleur, à la manière « bouddhique ».
Il tient un sac de pièces qu’il répand ou un panier plein de nourriture, deux représentations de l’abondance.
Il est parfois tricéphale ou à trois visages, à l’instar de son équivalent féminin, Brigid.
On pourrait l’interpréter comme dieu des morts et de la richesse, mais cela reste conjectural. Les bois peuvent symboliser la puissance fécondante et les renouvellements cycliques, ils repoussent pendant la saison claire de l’année celtique ; il est parfois entouré d’animaux, ce qui en ferait un Maître du règne animal. Le serpent à tête de bélier lui est associé.
Il est attesté par une dizaine de représentations figurées et une unique inscription gallo-romaine conservée au musée de Cluny et dans laquelle le C initial est restitué. Le thème kern- désigne en celtique expressément le sommet de la tête et il s’apparente aux mots indo-européens désignant des bêtes à corne en général et le cerf en particulier.
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| Chaudron de Gundestrup |
La représentation, sur une plaque du chaudron de Gundestrup, du dieu aux bois de cerf, assis dans la posture « bouddhique », tenant le torque d’une main, un serpent de l’autre, et entouré d’animaux, dont un cerf, reste sa plus fameuse image.
S’associant à un Cernunnos, l’homme peut croire en sa régénération permanente.
Infidèle, au magnétisme sexuel indéniable, Cernunnos symbolise enfin l’homme des Bois, l’homme-Vert, toujours jeune et autant végétal qu’animal, le Druide…

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