Pages

mercredi 16 février 2011

Pour répondre à Lovecraft

par Oscar de Jarjayes

Messeigneurs,
je vous propose ce jour, en toute simplicité et avec modestie, une poésie sûrement malhabile en réponse à celle, magistrale, de Lovecraft.

Retour au jardin…
Au-travers du beffroi, là où portent nos ombres,
Les entrelacs de lierre rendent le roc plus sombre,
Le cri des corbeaux noirs s’abat, telle une bombe,
Sur la dalle brisée qui ornera ma tombe.
Le jardin est en deuil au regard de l’aurore;
Les bouquets de jasmin, devenus inodores,
Offrent un pollen stérile, des corolles amères,
A ce pavé fragile, avenues séculaires.
Tout paraît immobile, privé de vie, figé,
Tout rappelle le vide de mes yeux asséchés,
Et quand vient l’heure blême des carillons du soir,
Le glas du grand clocher sonne pour mes espoirs.
Cependant que je vais dans l’allée cavalière,
Un vent hyalin glacé soulève la poussière
Que mes pieds nus, blessés, maculent de leur sang;
L’ halite brûle ma peau ravinée par le temps.
Je me sens frémir soudain à l’idée de quitter
Ce pauvre corps vétuste qui essaie d’avancer,
La voix de Gabriel haut-perchée qui m’appelle,
Une vigne hideuse tend ses vrilles mortelles.
Pour honorer le ciel une dernière fois,
Je lui confie mes yeux affaiblis par l’effroi.
Ô froide Aldébaran, éternelle témoin
De mes rires d’enfant, en un passé lointain,
Étoile vertueuse aux étranges éclats,
Ravive, je te prie, le feu qui meurt en moi,
Que mon âme soit prête à endurer la flamme
De ce sursaut de vie en ce jardin infâme!
Une musique suave engendre alors la danse
D’un Eole adouci aux antennes immenses.
Me relevant à peine, j’aperçois dans ma transe
Les lueurs hésitantes des rues de Providence.
Mille jacinthes bleues embaumeront comme avant,
Et les nymphes de marbre au sourire innocent
Détacheront les voiles qui cachaient leurs poitrines
Pour inonder Gaïa d’une liqueur divine.
La statue du poète, au détour du sentier,
Redeviendra l’idole que j’ai tant vénérée.
Nos âmes s’enlaceront en une ultime étreinte
Et mon cœur et son cœur accorderont leurs plaintes.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire