par Oscar de Jarjayes
Nobles amis de Jarjayes,
voici la tant attendue interview de Sire Mouchebeuf, qui évoque pour nous la sortie de Fief-nouvelle génération-, mais également son expérience d’auteur de jeux.
Je vous rappelle que M. Mouchebeuf sera parmi nous à Tallard, les 29 et 30 Octobre 2011, à l’occasion des Médiévales du jeu.
Tous les renseignements sont disponibles en cliquant ici!
*Les origines:
- Cher seigneur, pouvez-vous présenter votre être dans sa globalité, tant dans votre cursus ludique que dans votre vie intime!
Je naquis dans un joli petit port de pêche sur les bords des la Dordogne dans le duché d’Aquitaine. La moitié des noms des villages du jeu sont ceux de cette douce contrée appelée la petite Suisse girondine à propos de ces charmants vallons couverts de ceps de vigne d’où coule un gouleyant nectar recommandé par la faculté pour ses propriétés curatives. Tombé dans le jeu encore bambin… ma première image… les billets et maisons du Monopoly que je faisais tomber d’une table avec ma menotte… trop petit pour voir la surface de cette table ! Plus tard, enfant et adolescent je créais des jeux pour mon frère et les copains de mon quartier. Fief et Fief 2 seront suivis par « Aristo ; amours et intrigues à la cour de Versailles » édité chez Dragon Radieux, repris sous le titre « Courtisans » chez Tilsit… je cherche un nouvel éditeur pour ce jeu.
- Contez-nous donc ce qui vous incita jadis à créer Fief, le jeu qui faillit me faire échouer des études par ailleurs brillantes.
Ouf ! Je suis heureux d’appendre qu’elles furent brillantes. Pour rien au monde je n’aurai voulu être tenu pour responsable. La création de Fief est la résultante d’une année passée dans notre bonne ville de Bordeaux à étudier moult grimoires médiévaux à la faculté d’Histoire. Puis une autre année, moins studieuse mais nécessaire à la défense du royaume, à la cour du 403e Régiment d’Artillerie où le temps pouvait nous sembler long à moi et à mes camarades de chambrée. J’en ai profité pour les initier aux jeux de société… à « La Quille »… génial pour apprendre les grades ! « La Quille » est l’ancêtre du jeu « Stratégo ». C’est à l’état-major où j’étais affecté que je retrouvais un « pays », lui aussi d’Aquitaine… et surtout excellent dessinateur. Avec son aide pour la réalisation d’une jolie maquette, et celle de mes camarades consignés sur la base pendant de longs week-ends… je testais et finalisais la première version de Fief. A cette époque, bénie des dieux, j’étais jeune ! Les gens de ma confrérie avaient une bible : « Jeux & Stratégies ». Pour propager la bonne parole, le grand maître de ce magazine décida la création de l’ordre du « Pion d’Or », pion qui sera remis au meilleur jeu de stratégie de l’année. Et c’est en l’an de grâce 1981 que la maquette de Fief fut couronnée et moi avec.
- Quels étaient vos rapports avec Eurogames, qui refusa je crois la venue du Pape?
Mes rapports avec Eurogames, Duccio Vitale pour ne pas le citer, étaient très bons. Ce n’est pas lui qui a refusé le pape mais le premier éditeur, International Team France, filiale d’un groupe italien, oui italien !
- Pourquoi avoir ensuite évolué vers Fief 2 ?
Fief, première version en 1984, avait trouvé son public, Eurogames pensait qu’une nouvelle édition pouvait se justifier au bout de 5 ans. Et le succès de Fief 2 en 1989 lui a donné raison. L’arrivée des cartes seigneurs Femme était la grande nouveauté de cette version, permettant les alliances par mariage entre les joueurs.
* Le présent:
- Près de 30 ans après revoici Fief: avez-vous cédé à la mode du revival?
Je ne crois pas. Par contre, il est certain que Fief a marqué son époque, je suis frappé, mais cela ne me fait pas mal !, par tous les commentaires élogieux que les anciens joueurs me font sur le jeu. Ils en gardent tous un très bon souvenir, le jeu les a marqués, ils m’en parlent comme si ils y avaient joué hier. L’idée de faire une nouvelle édition de Fief toujours comme jeu de plateau n’est pas de moi, elle est venue de l’éditeur : Asyncron.
- Mis à part la durée de jeu revue à la baisse, et l’apparition de certains personnages ou engins, quelles seront les innovations de cet opus?
Moult, moult et re-moult innovations gente damoiseau ! Une nouvelle façon de jouer les cartes, avec des cartes SURPRISE (on peut les jouer à n’importe quel moment… sorte de coup-fourré !). Une nouvelle manière de faire les combats, avec de nouveaux pions : sergents, chevalier, engins de guerre. Mais aussi dédé spéciaux… avec le superbe logo qui donne les pertes automatiquement sans avoir besoin de lire un tableau. De nouvelles cartes : le pape, Aliénor (duchesse d’Aquitaine ?), Guenièvre, les souterrains. La disparition de la phase « Négociations » remplacée par 3 pions « Ambassade » qui permettent d’inviter en aparté un autre joueur pour discuter le bout de gras ! A l’élection du roi, qui ne change pas… (on ne change pas l’Histoire) j’ai ajouté l’élection des Évêques et celle du pape ! On a supprimé pour simplifier les pressoirs ainsi que les revenus des châteaux et cité, ils sont remplacés par ceux des villages. On peut combattre durant la phase déplacement… en faisant une chevauchée : avec une troupe composée exclusivement de chevaliers etc.
Mais surtout… tu seras esbaudi gentil seigneur… par les éléments de jeu, plateau, pions et cartes tous magnifiquement décorés. Travail laborieux, effectué par un moine copiste et une moniale pleins de talent qui au fond de leur scriptorium bien éclairé mais pas toujours bien chauffé on fait un travail d’enluminure remarquable.
- Pourquoi n’avoir pas dénommé le jeu Fief 3?
Le jeu mon bon ami s’appelle Fief, mais j’ai hésité avec « Fief 3 », « Fief le retour » ou « Fief 1102 » … As-tu vu l’astuce ? Non ! 1102… pour 2011 !
* Le futur proche:
- D’étranges rumeurs annoncent votre participation aux Médiévales de Tallard…Que savez-vous de la région et de ses habitants de sinistre réputation?
Comment « de sinistre réputation » ? Je n’en savais rien ! Merci de me prévenir, je vais de ce pas quérir de nouvelles troupes. Faire sonner le rassemblement du ban et de l’arrière-ban de mes vassaux et compagnons d’arme. Je ne tiens pas à me faire occire au coin d’un bois dans cette contrée étrangère que je ne savais pas en proie à des hordes de gueux sans scrupules. Je compte sur vous si besoin pour venir à ma rencontre avec une escorte conséquente.
- Qu’espérez-vous pour votre bébé ludique?
Qu’il trouve son public, un nouveau public mais aussi qu’il retrouve ses anciens joueurs et que ces derniers apprécient tous les changements effectués. Retrouver les sensations et les émotions procurées par le jeu… il y a plus de 20 ans… le défi est lourd à relever, je pense qu’avec toute l’équipe de développement d’Asyncron, un travail de trois ans, nous y sommes arrivés.
- Le mot de la fin, pour les innombrables fans du blog d’Oscar…
Sonnez cornes et trompettes… Préparez vos écuelles et vos tranchoirs, à la saint Narcisse nous festoierons ensemble au château de Tallard si Dieu nous prête vie et si la mangeaille y est bonne.

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